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Jeux Olympiques de Londres : la tête dans la dinde de Noël

de : Himalove
lundi 30 juillet 2012 - 16h52 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires

Londres n’est plus, sur le plan de l’imaginaire, la manufacture du monde.

Comparé aux splendeurs de Beijing 2008, le son et lumière censé représenter la longue et mouvementée histoire du Royaume uni, respirait l’amateurisme et le déclin économique.

Malgré le saut fictif d’une petite vielle de 86 ans, au dessus de Londres, l’ouverture des trentièmes olympiades de l’ère moderne ne restera pas dans les annales.

D’un point de vue financier le pari est cependant gagné : l’ouverture des olympiades a coûté moins cher que le mariage du fils Mittal au château de Versailles...

Il fallait avoir la tête dans la dinde de Noël comme mister Bean ou être payé grassement par un journal pour applaudir au pitoyable spectacle de rue, organisé par le dresseur de chiens, millionnaire, un certain Dany Boyle.

Autour de la baraque à frites où le prix du cornet atteint des prix prohibitifs, les barons étaient pourtant nombreux, avant la première, pour vanter le « spectacle le plus extra-ordinaire de l’histoire des Jeux depuis la bataille de Marathon ! »

On allait assister selon eux à une allégorie saisissante, « pleine de bruits et de fureurs », de la grande Albion.

Or la qualité du Happening où l’on usa et abusa de l’arme acoustique et des écrans géants ne fut même pas à la hauteur d’un film de pirate ou de gangster (le prince d’Edimbourg dans le rôle de Jack l’Eventreur ou celui du chauffard du pont de l’Alma) - ce qui pour évoquer la dynastie des Windsor laquelle pilla, pendant cinq siècles, sans vergogne, les cinq continents, eut été judicieux...

Qui y avait-il à voir de fantastique au milieu de l’arène construite vu du ciel comme la lunette d’un water closet ?

En fait, pas grand chose.

Cinq misérables anneaux de métal, élevés au rang de soleils, semblaient y faire l’éloge d’un ferrailleur connu.

De la ouate comme des Tampax gonflés d’hélium flottaient dans l’air.

Sur la Terre où courent, sautent, gambadent les dieux de l’Olympe, du gazon en rouleau fatigué imitait les collines d’Écosse.

Des figurants habillés chez un fripier de Soho jouaient bucoliquement au badminton.

Quelques moutons, chèvres, oies, échappés aux couteaux dansaient au rythme d’une musique obtenue par la frappe méthodique de bidons.

On a connu pendant les carnavals de Brighton et les émeutes qui s’en suivirent des percussions plus inspirées et une mise-en-scène plus géniale.

Par exemple : lors des derniers « riots » de Londres, les insurgés avaient pillé les grandes et moyennes surfaces et avaient laissé intacts les librairies. Ce qui est, à mon humble avis, le summum de l’humour britannique...

Misère du décorum, mépris des peuples et pingrerie royale

Les banians, bougainvilliers et autres palmiers en pot devaient être trop chers au marché aux fleurs de Londres ; monsieur Boyle évita soigneusement de reconstituer la faune et la flore du Raj britannique lequel régenta, quand même, pendant deux cent ans (1757-1957), la vie de plusieurs centaines millions d’indiens.

Avec cette absence de taille, on mesure l’ingratitude du cinéaste qui gagna plusieurs prix cinématographiques et des millions de dollars grâce au film, tourné à Mumbai, « Slumdogs millionnaire »...

Ce lapsus important de monsieur B. donne une idée de l’ampleur de la dette honteuse contractée par la Grande-Bretagne à l’égard du sous-continent.

Selon l’écrivain indien, Pava K. Varma, « le pillage des matières premières suivi de l’écoulement dans la colonie de ces mêmes matériaux manufacturés en Grande-Bretagne, ont permis au revenu britannique par habitant de connaître une augmentation de 347 % de 1747 à 1947 ! » (1)

En examinant de près le show, le spectateur anglais est en droit de se gratter le crâne et demander où est passé tout cet l’argent ?

Pour figurer le passage d’une société rurale à l’industrie, monsieur B., se contenta de composer un pauvre jardin du Trianon, surplombé d’une roue à aube brassant une eau imaginaire...

Et oui ! Sommet de l’indigence, le symbole même de la puissance britannique, l’eau - réelle et non fictive – manquait cruellement aux tableaux.

L’eau en bouteille et celle de la Tamise appartenant à une compagnie privée, le mignon de la reine n’a pu vraisemblablement représenter les batailles glorieuses de la Royal Navy qui a écrit la légende jusqu’au fond des océans.

Pour expliquer ce manque essentiel, les commentateurs parlent de spectacle « volontairement décalé » et d’humour british.

On a dû mal à les croire lorsqu’on sait que les JO, tous les quatre ans, constituent la vitrine politique, économique, culturelle de la puissance invitante.

Un aristocrate, appartenant à la bonne société, a dû chuchoter à l’oreille d’Elisabeth :

« Majesté, quand même, où est passé notre Histoire, notre grandeur ?

La grandeur des Windsor semble manifestement celle de la pingrerie...

Malgré les millions de livres sterling, versés à cette famille de parasites, chaque année, par le gouvernement, et les rentes formidables de leurs terres, immeubles, casinos et banques, cette dynastie qui représente le Royaume est incapable d’offrir l’équivalent liquide d’une baignoire à Dany Boyle pour représenter Sa Royale Navy...

Peut-être, par vengeance. Le gouvernement de David Cameron mobilisa l’armée pour garder les points névralgiques de la capitale, mais ne conserva pour porter l’Union Jack à l’intérieur du stadium qu’une poignée de vétérans éclopés d’Afghanistan dont certains se souviennent que le 27 juillet, c’est aussi l’anniversaire de la bataille de Waiwand...

Le 27 juillet 1880, 3 000 soldats britanniques étaient exterminés jusqu’au dernier par les moudjahideen afghans lesquels ne laissèrent en vie qu’un chirurgien militaire qui devait porter à l’état-major, en Inde, le message suivant : « l’Empire, c’est fini ! »

Les intermittents du spectacle au secours de la royauté

Les heures glorieuses de la révolution industrielle disposèrent cependant, dans le spectacle de Boyle, d’un peu plus de moyens financiers pour leur évocation.

Sans doute les traders de Wall Street se sont-ils cotisés pour payer le cachet de l’acteur, Kenneth Brannagh. qui récita un texte extrait de « la Tempête » de William Shakespeare. Inaudible.

On a senti, à ce moment-là, la volonté de mettre en vedette la classe ouvrière : des gueules noires sortaient du gazon en même temps que des hauts fourneaux, contemplés par une brochette de personnages, béats d’admiration, en frac et chapeau haut de forme.

Mais l’audace révolutionnaire de monsieur B. n’allait pas plus loin : aucune image forte de cette époque comme celle des « femmes qui accouchent debout sur des tombes » dont nous parle le poète irlandais Synge n’étaient retenues par la légende.

Les tours spirituelles du XIXe siècle londonien, Friedrich Engels et Karl Marx, passaient comme des anges invisibles...

Toute l’histoire du XXe siècle était ensuite mise entre parenthèse et comme regardée au travers les barreaux d’un asile de nuit.

Tout juste parla-t-on des suffragettes qui réclamaient « l’égalité des sexes ».

Car chez l’artiste de la reine, le soleil de la Raison doit s’effacer à la clarté des songes.

Monsieur B. convoquait pour ce récit « raconté par un idiot », Lewis Carrol. L’auteur d’« Alice aux pays des merveilles » qui a mis la douleur d’exister comme l’âge adulte à distance...

Des enfants, enfermés dans des lits-cages, étaient hissés du sol par une marionnette géante.

L’auteur ne s’autorisait plus dés lors aucune représentation intelligible...

La boucherie de 1914-1918 où des millions d’hommes furent martyrisés était à peine suggérée par un contingent d’infirmières à cornette blanche et blouse bleu pâle, soignant des enfants malades.

On eut aimé voir surgir sur ce gazon bosselé, plein de trous de mémoire, une ambulance militaire bringuebalante conduite par un SDF, nombreux à Londres, interprétant Gandhi...

Hélas ! le prolétariat était réduit ici à l’état d’infirmes, de nains ou de mineurs lisant Harry Poter aux pieds d’une Blanche Neige, en l’occurrence Elisabeth II, vieille grenouille fripée, flanquée d’un James Bond dont même les services secrets du Bangladesh ne voudraient plus...

L’infantilisation du public atteignait des sommets himalayens : on libérait enfin l’Homme de son intelligence...

Sous les applaudissements d’une foule – j’espère imbibée d’alcool – tombaient du ciel, comme dans une vitrine de Disneyland, une pluie de Marie Popins...

Le spectacle s’achevait dans les feux de Bengale et une soirée techno où tout ce que l’Angleterre compte de vieilles peaux anoblies étaient conviées...

God save the Rock and Roll !

Avec un tel son et lumière, la société Dow Chemical, parrain des JO, n’a plus besoin de payer des scientifiques pour inventer l’arme suprême : le gaz à éteindre l’esprit.

HIMALOVE

Les prix du billet d’entrée allaient de 175 à 1 100 dollars.


1. Pavan K. Varma, "Devenir indien ; la révolution inachevée".


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Commentaires de l'article
Jeux Olympiques de Londres : la tête dans la dinde de Noël
30 juillet 2012 - 18h21 - Posté par alterun

Réflexions chiffrées

J’ai entendu que le coût des JO de Londre avoisine les 31 Milliards, pour des recettes de 13 ou 14 Milliards...
Comment ce fait-il que les penseurs ultra-libéraux ne soient pas vent debout pour dénoncer ce déficit scandaleux ?

Effectivement c’est l’argent public qui finance le jou-jou des multinationnales privées (dont Dow Chemical)...
C’est l’argent public qui finance le capitalisme, la compétitivité à tout va entre les individus (surtout les plus faibles et sans grades), la colonisation des cerveaux,...
Donc les grands donneurs de leçon sont satisfaits... et ne pipent mot !
Le comble c’est qu’en France (ailleurs aussi) les chaînes publiques de TV vont payer un maximum de droit TV pour diffuser l’événement... et remplir la cagnotte du CIO qui résident en Suisse...

En ces périodes de crise il faut faire une trève de JO, cela soulagera les budgets publics et les citoyens pourront réfléchir !



Erratum et précision de l’auteur de l’article
30 juillet 2012 - 19h04 - Posté par himalove

Mittal a marié sa fille, Vanisha, et non son fils comme indiqué dans l’article ; le mariage, en juin 2004, au château de Versailles, étalé sur six jours, coûta la modeste somme de 67 millions d’euros...

La colonisation anglaise du sous-continent débuta officiellement après la victoire de la bataille de Plassey et se termina en 1947 et non en 1957...

Je vous prie de m’excuser pour les quelques coquilles, fautes d’orthographe et erreurs qui émaillent le texte...

Si vous avez des chiffres précis à me donner sur le cahier des charges que doivent respecter les organisateurs des JO, je suis preneur...







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