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Fondation pour le Progrès de l’Homme : une drôle de fondation

vendredi 1er décembre 2017 - 14h49 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

En dépit de ses très nombreuses ramifications en France, la fondation suisse Charles-Leopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, aussi appelée plus simplement Fondation pour le Progrès de l’Homme ou FPH, fait très peu parler d’elle. Mais de quoi est-elle le nom précisément : entreprise philanthropique universaliste ou réseau de lobbying aux intérêts obscurs ?

Il n’y rien ou presque de sulfureux dans l’environnement de la Fondation Charles-Leopold Mayer. A l’image de son pays d’origine, la Suisse, l’ensemble fait même très propre sur lui. Mais au pays des banques et des horloges, même la Croix-Rouge s’est fait épingler pour certaines pratiques douteuses. Derrière la politesse de façade et les bonnes intentions affichées, la Suisse n’est pas reconnue pour être un pays adepte de la transparence spontanée et la FPH ne fait pas exception à cette règle. Pourtant, compte tenu du nombre de ses connexions en France et de l’importance de certaines associations soutenues, voire subordonnées, le citoyen Français est en droit d’avoir des réponses sur son rôle exact au sein de l’Hexagone.

Une affaire de famille

La fondation suisse Charles-Leopold Mayer pour le Progrès de l’Homme est née de la volonté de celui dont elle porte le nom de « contribuer à l’émergence d’une communauté mondiale et intervenir dans les champs de la gouvernance, de l’éthique et des modes de vie durables », selon sa définition officielle. Il y a d’ores et déjà un terme qui dérange : le verbe « intervenir », qui peut laisser supposer bien des choses. Qui « intervient » donc au nom du chimiste français d’origine irlandaise Charles-Leopold Mayer, qui fit fortune dans la finance ? En premier lieu, son exécutrice testamentaire, Madeleine Calame, son ancienne secrétaire, et son mari, Pierre Calame, polytechnicien et ancien directeur d’Usinor Sacilor, société devenue depuis le n°1 mondial de l’acier Arcelor Mittal.

Ce sont aujourd’hui les fils de Madeleine et Pierre, Vincent et Matthieu qui ont pris la relève. Depuis le domaine de Villarceaux, dont la famille est propriétaire, les Calame gèrent un patrimoine évalué à 225 millions d’euros. Ce patrimoine est placé en bourse et permet un budget annuel de fonctionnement de la fondation de 17 millions d’euros. Avec une rentabilité estimée de 7,5%, ces placements doivent donc être bons. Quoi qu’il en soit, ils permettent à la fondation de faire vivre et de créer parfois une multitude de structures interdépendantes et connectées qui officient sur le territoire français et à l’international. En effet, si le conseil de surveillance de la fondation se situe dans le comté de Vaud en Suisse, c’est bien en France que se trouve le siège, un siège où sont hébergées plusieurs « associations partenaires » ; comprendre : financièrement aux ordres.

Une nébuleuse d’associations

Autour de la Fondation gravite en effet un certain nombre d’associations ayant toutes ou presque pour vocation de servir de laboratoires d’idées à destination du public ou des pouvoirs publics. Dans la plupart des cas, en consultant les comptes disponibles, comme dans le cas de l’association Ingénieurs sans Frontières (ISF), de l’Alliance Internationale des Editeurs Indépendants (AIEI), de l’Institut Veblen ou de la Fondation Sciences Citoyennes (FSC), on s’aperçoit que la FPH est un partenaire financier de premier plan (jusqu’à 60% du budget en 2016 pour la FSC). Dans d’autres cas, la FPH est plus simplement à l’origine de la création, comme pour l’Alliance Internationale des Journalistes (AIF). L’information n’a rien de secret, on peut d’ailleurs lire sur le site de l’AIJ : « La Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH) qui est à l’origine du lancement de l’alliance internationale de journalistes, finance ses activités. »

Parfois l’objet de ces associations est difficile à définir : du côté de l’Institut Veblen, œuvrant pour « une société soutenable dans laquelle le respect des limites physiques de la planète va de pair avec une organisation sociale plus solidaire et une économie plus démocratique qu’aujourd’hui », l’historique et les objectifs sont un peu flous, surtout lorsqu’on accole « économie » à l‘adjectif « démocratique ». La liste de ces associations, fondations, alliances ou lettres d’informations (comme Inf’OGM) est plutôt longue, et il est intéressant de noter que certaines interviennent en commissions ou en consultations auprès des décideurs politiques. Pour se faire, toutes ces structures disposent d’un outil de communication intéressant.

Une maison d’édition bien introduite

Pour diffuser ses messages, rien de tel que de disposer de ses propres canaux. Forte de ce constat évident, outre la création de l’Alliance Internationale des Journalistes, la Fondation s’est dotée de longue date de sa propre maison d’édition. On soulignera d’ailleurs tout l’intérêt d’avoir créé une association de défense des éditeurs (l’AIEI) lorsqu’on détient soi-même une maison d’édition. L’avertissement de la maison d’édition liées à la Fondation a par contre de quoi surprendre. Sur son site figure en effet la mention suivante : « Les ECLM [Edition Charles-Leopold Mayer, NDLR] ne sont ni un service éditorial de la fondation, voix officielle de celle-ci, ni, à l’inverse, une structure jalouse de la souveraineté de ses choix. Leur éventail thématique ne saurait être différent de celui de la fondation. Pour autant, tous les livres qu’elle produit ne sont pas supposés s’inscrire dans un type de message ou de pensée unique. » Pourquoi se défendre si ouvertement contre la « pensée unique » ? Peut-être parce que la question mérite d’être posée, compte tenu d’une imbrication très poussée entre tous les constituants du « réseau FPH », et d’une maison d’édition qui relaie ses messages et ceux de ses affidés.

Notons par exemple, que l’un des dirigeants et fondateur du Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (le BASIC), Christophe Alliot, est également fondateur de l’association/ONG Ingénieurs sans frontières (ISF) déjà évoquée, les deux étant hébergées au siège de la FPH. Le BASIC, qui vient très récemment de publier une étude sur le coût écologique de l’édition, promeut dans la même étude, mais sans la nommer, les pratiques de cette même maison d’édition qui soutient l’étude (et qui en commandent d’autres au BASIC par ailleurs). Certains appelleront cela de la cohérence éditoriale : les ECLM soutiennent des études qui mettent en avant leurs propres pratiques. D’autres y verront des conflits d’intérêts, voire du lobbying pur et simple, de la publicité à bon compte sous couvert d’actions associatives.

Le faux-nez d’une agence de lobbying ?

Qui décide en effet des orientations, des priorités et des financements accordés par la Fondation ? La réponse est connue : la famille Calame, mais au nom de quel agenda politique, éthique ou économique ? Personne ne le sait. Est-ce illégal ou illégitime ? Pas le moins du monde, et nul doute que la fondation est parfaitement en règle avec les différentes règlementations fiscales et comptables, et qu’il en va de même pour toutes les associations partenaires. Mais ces considérations relèvent de champs d’expertise techniques ou légaux. La question fondamentale demeure donc : au service de quels intérêts sont mis ces dizaines de millions d’euros dépensées ? Certains répondent l’altermondialisme, ou une utopique troisième voie entre capitalisme et collectivisme. Le soutien officiel de Pierre Calame à l’OMC de même que son opposition à l’agriculture productiviste n’aident pas à y voir clair sur ce sujet.

Il est donc surprenant de trouver un article sur le site BastaMag prenant la défense d’une institution fondée par un multimillionnaire suisse, quand bien même celle-ci aurait une vocation philanthropique. Mais au-delà de la localisation web de cette tribune, ce sont son contenu et sa tonalité qui dérangent : un article promotionnel « commandé » (il a d’ailleurs été rédigé par l’un des rédacteurs en chef du site) n’aurait pas été très différent, tant il semble à la fois complaisant et pédagogique. On est bien loin de la rhétorique acide et argumentée, plus commune, de BastaMag. Ce dernier n’hésite pas par ailleurs à reprendre quasiment mot-à-mot les communiqués de presse des associations liées.

S’intéresser à la Fondation Charles-Leopold Mayer pour le Progrès de l’Homme revient donc à accepter de finir avec beaucoup plus de questions que de réponses. Or, compte tenu du nombre d’associations liées et susceptibles d’agir, et donc d’influencer l’opinion de concert, avec pour seule caution morale, loin en arrière-plan, les principes de la famille Calame, les citoyens Français sont en droit d’exiger un peu plus de transparence sur les buts réels poursuivis.


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Commentaires de l'article
Fondation pour le Progrès de l’Homme : une drôle de fondation
15 août 2018 - 10h11 - Posté par Pinto

Eh bien, quel article ! Il s’agit certainement d’une fondation complotiste avec un plan machiavélique ! Un sorte de loge secrète, qui veut parvenir à l’exploitation de l’homme par l’homme dans une ambition de pouvoir absolu ! En tout cas, cela semble être la vision de l’auteur, qui a fait de très bonnes recherches sur internet, sans aucun à priori... Avez-vous essayé de les contacter ? Avez-vous essayé de contacter les bénéficiaires pour qu’ils témoignent des pressions et influences qu’ils subissent de la part de la fondation ? Et au passage, avez-vous déjà lu un petit article de Veblen, qui vous semble bien étranger ? Je ne défendrai pas à couteaux tirés tout ce que fait cette fondation, mais je ne jetterais pas tout ce qu’ils font à l’eau par principe, comme un adolescent opposé à tout ce qui ne vient pas de lui ou des siens.







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