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Crise du "Off" à Avignon

de : Nicole Vulser
mercredi 28 juillet 2004 - 15h37 - Signaler aux modérateurs

de Nicole Vulser

L’édition 2004 du "in" a été un succès. Mais le Festival "off", où se croisent tous les genres, traverse une crise liée à son manque de professionnalisation et à son économie fragile.

Avignon de notre envoyée spéciale

Après la crise des intermittents qui a fortement secoué le Festival "off" d’Avignon l’an dernier, pas moins de 553 compagnies ont adhéré cette année à l’Association Public Off (APO) pour présenter 678 spectacles. Les dissensions qui couvaient au sein du "off" ont éclaté cet été au grand jour et ont abouti à un schisme au sein de l’APO. Une nouvelle Association des lieux de festival en Avignon (ALFA) est née, qui regroupe les représentants de 36 lieux avignonnais. Un symptôme des interrogations qui secouent ce festival bis.

Au "off", on trouve de tout : aussi bien des troupes assez reconnues, quelques comédiens de renom - Bernadette Lafont, Philippe Avron ou Rufus - que du café-théâtre, des spectacles d’amateurs, de la danse, du cirque... "Nous n’effectuons pas de sélection", souligne Alain Léonard, directeur de l’association APO, qui a annoncé, mardi 27 juillet, son départ après vingt-trois ans de services. "En revanche, nous mettons en garde les compagnies sur le fait qu’Avignon est un pari très risqué. Venir jouer dans le "off", c’est être prêt à perdre entre 23 000 et 30 000 euros, ce que coûte le prix de la location de la salle, l’hébergement, les affiches, la publicité... Avec le prix des places qui doit rester accessible, même une compagnie qui a du monde tous les jours n’arrive pas à équilibrer son budget."

Son credo reste le même depuis vingt-deux ans : "Les compagnies ont la nécessité absolue de jouer pour exister. Rien ne peut les en empêcher." Si bien que le "off" est synonyme d’une économie de survie pour les compagnies. Les comédiens, qui dorment parfois au camping, sont rarement payés. Dans les spectacles, le pire côtoie le meilleur, mais beaucoup de débutants, sachant qu’Isabelle Huppert, Catherine Frot ou Jean-Pierre Darroussin ont démarré dans le "off", espèrent aussi se frayer un chemin vers la gloire.

Depuis la fin des années 1960, les pratiques du "off" se sont améliorées. "Toutes les salles sont aujourd’hui climatisées, ce qui évite aux spectateurs de s’endormir quand il fait 40 degrés", note Claude Pagès, directeur de la compagnie Cartoun Sardines. Les loueurs de salles ont investi pour proposer des lieux plus décents... qu’ils font payer très cher. En fonction de la jauge, l’équipement de la salle, la présence d’un régisseur ou l’horaire souhaité, les tarifs s’échelonnent entre 7 600 et 12 000 euros pour deux heures par jour pendant la durée du Festival, du 8 au 31 juillet.

Une manne pour ces loueurs de théâtres puisque 23 des 115 lieux qui accueillent les spectacles d’Avignon Public Off ont programmé plus de 10 spectacles dans leurs salles. Ces dernières sont souvent louées du matin, vers 10 heures, jusqu’au soir, à minuit. Ce qui assure, en un mois, une très coquette somme à leurs propriétaires, forçant les compagnies à monter et à démonter les décors à toute vitesse.

Gérard Vantaggioli, directeur artistique de l’un des cinq théâtres conventionnés par la ville, Le Chien qui fume, coproduit quatre spectacles. "Dans le meilleur des cas, on ne perd pas d’argent", dit-il, en précisant que "c’est la location qui -lui- permet de vivre". Aux Ateliers d’Amphoux, Monique Cerf a fidélisé son public depuis six ans. La moitié des compagnies reviennent elles aussi jouer d’une année sur l’autre. Refusant les subventions municipales, elle veut avoir toute liberté de choisir sa programmation.

Toute la difficulté, pour les troupes du "off", est de réussir à trouver leur public, qui semble un peu plus clairsemé en 2004 (les premières estimations donnent 550 000 entrées contre 650 000 en 2002), et surtout de faire venir les acheteurs de spectacles. Ce sont eux qui permettent à quelques compagnies de sortir la tête de l’eau grâce à des tournées qui rentabilisent les spectacles. Pierrette Dupoyet, qui monte Colette et Alexandra David-Neel, a déjà reçu des commandes pour 200 dates en 2005. Elle jouera à Beyrouth, Hanovre, Brême. Pour elle, "on trouve un esprit de famille et un public de fidèles à Avignon. Jouer à Paris, c’est beaucoup plus cher : il faut acheter des encarts dans L’Officiel et Pariscope, inviter la moitié de la salle".

Bon an, mal an, le "off" ne semblait pas se poser trop de questions depuis sa création. L’incroyable cristallisation du mécontentement des intermittents à Avignon en 2003 a fait basculer les choses. Pour Greg Germain, directeur de la Chapelle du Verbe incarné et vice-président d’ALFA, ce qui a fait déborder le vase, "c’est une déclaration unilatérale d’Alain Léonard, lors d’une conférence de presse le 11 juillet 2003, dans laquelle il expliquait que le "off" cessait toute activité sur le festival, sans se soucier des engagements pris envers les compagnies".

GUERRES PICROCHOLINES

Alain Léonard est alors taxé d’immobilisme, la gestion de son association est qualifiée d’opaque par ses détracteurs. Le président d’ALFA, Bernard Le Corff, qui dirige le collège de La Salle, à Avignon, explique qu’il travaillait déjà depuis des mois avec d’autres directeurs de salle pour engager "une mutualisation nécessaire" dans le domaine du stockage, des contrats communs avec certains fournisseurs... En créant ALFA, il cherche aussi à "rendre le Festival "off" plus lisible" et veut "remettre la place des artistes du spectacle vivant au centre des débats".

La grande nouveauté prévue par ALFA est la création d’un fonds d’action artistique. Sur les 8 euros générés par chaque carte d’abonné, 6 devraient revenir à ce fonds qui pourrait être, selon M. Le Corff, abondé par le ministère de la culture, la ville d’Avignon et des sociétés d’auteurs. "Alors qu’APO bénéficie d’un budget de plus d’un million d’euros, pas un centime ne revient aux compagnies", déplore le président d’ALFA, qui reste toutefois assez flou sur les modalités de mise en place et de répartition de ce futur fonds.

"Pour garantir un fonctionnement professionnel aux salles, nous demandons à nos adhérents de posséder des licences d’exploitation, d’être assurés, de respecter des règles de sécurité", explique-t-on à ALFA. M. Le Corff veut aussi imposer une billetterie informatisée, pour en finir avec les "tickets de kermesse" qui ne permettaient pas de connaître la recette, et donc ce qui était dû aux sociétés d’auteurs.

Pour la première année, le public, même s’il reste assez indifférent à ces guerres picrocholines, devait donc posséder deux programmes différents pour naviguer parmi les spectacles du "off". On lui proposait aussi - là encore c’est une première - deux cartes d’abonnement différentes, à APO ou à ALFA, à 13 ou à 8 euros, pour bénéficier de tarifs réduits à l’entrée des salles. Après de nombreux incidents, les deux cartes ont fini par être à peu près acceptées indifféremment par tous les lieux de spectacle d’Avignon.

Entre l’APO et l’ALFA, l’incommunicabilité semble totale. Chacun traite l’autre de "taulier", de "poujadiste" ou de "buveur de sang". Sans vraiment se rendre compte que ces querelles de chapelle masquent des problèmes plus importants. Comme le nécessaire aggiornamento du "off". "Les découvertes se font aujourd’hui dans le "in", avec le "off" on est dans le marché", déplore Jean-Claude Paliès, directeur de la Parenthèse, qui fédère une trentaine de compagnies au sein d’Avignon festival en compagnie (AVEC). Jusqu’à présent, le dogme de la non-sélection des spectacles a prévalu. Faut-il penser à inventer un autre système ? Au Festival de Cannes, la naissance de sélections parallèles, aux côtés du marché, permet aux spectateurs de mieux se repérer dans un dédale de créations.

Nicole Vulser

Un public de femmes et d’enseignants

Le nombre de compagnies présentes dans le Festival "off" est passé de 80, au début des années 1980, à 602 en 2002. L’Association Avignon Public Off évalue à 30 % le nombre de compagnies qui reviennent d’une année sur l’autre. Selon l’étude de l’universitaire Emmanuel Ethis, les spectateurs sont surtout des femmes (à 67 %), et constituent une population plutôt jeune (57,5 % ont moins de 45 ans). Une autre enquête publiée dans Le Théâtre dans l’espace public, Avignon off, de Paul Rasse, montre que plus d’un quart du public est composé d’enseignants (28 %). Trois quarts des spectateurs possèdent au moins un diplôme de premier cycle d’études universitaires. De plus, un quart des personnes interrogées pratique le théâtre, en amateurs ou en professionnels. Les spectateurs affirment avoir choisi le "off" pour sa diversité (48 %), ils le jugent plus accessible (38 %), le prix des billets est moins élevé (23 %). Ils le trouvent également plus populaire (23 %) et plus convivial (27 %).

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