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utopie capitaliste

par hdm

Publie le mardi 19 avril 2016 par hdm - Open-Publishing

CE MERCREDI 20 AVRIL 2016

A 18H30

C’EST « L’HEURE DE L’METTRE »

Sur RADIO CAMPUS Lille 106,6

En direct et en archives sur www.campuslille.com

L’auto-exploitation, ça c’est moderne ! Eh oui ! Est-il normal, qu’au XXIème siècle, l’exploité soit toujours à la charge de l’exploiteur ? N’est-ce pas là une façon archaïque, qui déresponsabilise l’exploité ? Et puis, c’est que ça coûte le travail, ma p’tite dame ! Le salarié, c’est un luxe ! Le salarié ET les charges qui vont avec ! Mais c’est à décourager l’entrepreneur ce foisonnement de réglementations, ces coûts, cette paperasse… Surtout qu’au moment où l’exploiteur s’apprête à exploiter, il est tenaillé par l’angoisse. Lui viennent des idées noires le décideur, au moment de l’embauche. Déjà, il sait pas comment il va faire pour le licencier son exploité. Il sait pas combien ça va lui coûter de s’en séparer. Ce n’est pas moderne ça. C’est un peu comme si tu te mariais sans connaître à l’avance le prix du divorce. Absurde…

Et donc, au bord de l’embauche, le patron, moralement, il flanche. Il recule. Il préfère renoncer. Tant pis. Il délocalise son spleen. Il s’en va en pleurnichant. En Suisse, au Panama, à Pétaouchnok, peu importe, là où l’on voudra bien de lui. C’est désolant. Sur le quai, les yeux embués par la douleur de la séparation, l’exploité regarde l’exploiteur s’éloigner en regrettant le bon vieux temps où le travail était quasiment gratuit.

Alors, au moment même où retentit le cri déchirant du sifflet, comme dans un film américain, le héros Socialo court à la rescousse de l’exploiteur désespéré, saute dans le train en marche, et sauve l’exploiteur de l’exil en le tirant par la manche. La loi El Khomri, comme on dit à Hollywood. Aux infos si tu préfères.

Rassuré, l’exploiteur envisage l’avenir à nouveau. Il pourra contourner tous les obstacles, gérer son budget « licenciements » avec sérénité, faire trimer et faire chômer comme bon lui semble, bref exploiter sans entraves, en toute liberté, des exploités enfin devenus responsables.

Ragaillardi par cette modernisation de l’entreprise France, l’exploiteur retrouve des couleurs. Promis ! S’il peut licencier, ben il va embaucher !

Emporté par cet enthousiasme délirant, qui semble gagner tout le pays – de fait l’on nous informe que la CFDT a le vent en poupe, que Macron est adoré, que Finkielkraut émeut toutes les chaumières, emporté donc dans ce tourbillon de modernité, c’est toute la bourgeoisie qui se prend à rêver d’une autre société, d’une table rase où se dresserait l’utopie capitaliste.

Ce rêve, c’est celui d’individus détachés de toutes les contraintes du droit, des individus livrés à eux-mêmes et donc enfin libres. Des exploités qu’on pourrait exploiter sans les charges insupportables qui jusqu’à présent les accompagnent. Des exploités tellement libres, qu’on pourrait les asservir just in time comme on dit dans certaines usines. Avec du « zéro stock » appliqué à la marchandise travail. On a besoin ? On te prend ! On n’a plus besoin ? Dégage !

Ajuster l’emploi aux besoins en temps réels, voilà le fin mot du capitalisme. D’aucuns appellent cela l’ubérisation de l’économie, parce que ça fait joli… Et ce doux projet, qui habite les cerveaux des pionniers de notre XIXème siècle débutant, ce projet correspond aux aspirations populaires. Si !

En tout cas, il correspond aux besoins d’une frange de la population, directement reliée aux intérêts du Capital. Il semblerait, à suivre la Grande Caravane Publicitaire Qui Nous Informe, que chacun soit désormais disposé à : s’organiser un week-end à Londres en utilisant l’application adéquate sur son smartphone ; que pour la conduite à l’aéroport tout soit pris en charge par un chauffeur low coast ; et que pour les à-côtés, il suffise de cliquer quelque part pour qu’immédiatement un exploité responsable et entreprenant vous apporte tout ce que vous désirez sur un plateau. Avec de l’huile piquante ? Tout à fait !

Hélas, cette utopie semble encore se heurter aux archaïsmes des gens qui ne veulent pas entrer dans la modernité, alors que franchement, c’est chouette comme endroit !

C’est à cette catégorie de la population – la majorité écrasante, que nous consacrons l’émission de ce mercredi.

(En prévision de l’évènement ci-après : http://chti-guevara.blogspot.fr/2016/03/luniversite-populaire-chti-guevara.html, nous recevrons dans nos studios Stéphane Sirot, historien spécialiste du syndicalisme et du mouvement ouvrier. Par ailleurs, dans notre « ¼ d’heure en Palestine », nous évoquerons l’évènement suivant : http://www.afps-villeneuvedascq.org/agenda/. Et ce avec des invités de l’Association France Palestine Solidarité)