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Le PS et sa candidate en porte-à-faux

vendredi 16 mars 2007 - Contacter l'auteur - 5 coms

de Philippe Marlière , maître de conférences en science politique à l’université de Londres

Depuis 1965, la gauche aborde l’élection présidentielle dans une position de faiblesse. Le problème n’est pas conjoncturel, mais structurel. François Mitterrand a été, à ce jour, le seul candidat socialiste à contredire cette loi d’airain de notre vie politique : l’élection présidentielle au suffrage universel direct est taillée sur mesure pour offrir la victoire au camp conservateur.

Qui élisons-nous ? Un chef d’Etat qui concentre des pouvoirs exorbitants par rapport à tout autre chef d’Etat démocratique. Dans les domaines aussi divers que la défense, la diplomatie, la gestion de la dyarchie exécutive, l’agenda de l’exécutif et les rapports avec l’Assemblée nationale, le président est le maître à bord. Par comparaison, le président des Etats-Unis doit souvent composer avec un Sénat et une Chambre des représentants qui lui sont hostiles. Mais il y a surtout la dimension symbolique de la fonction. En vertu de la mystique gaullienne, le président doit "incarner" le peuple français et ses aspirations les plus profondes, dans un face-à-face plébiscitaire, presque charnel : "Quand je ne serai plus là, il faudra un chef de l’Etat en dehors des partis qui ne soit pas lié à une majorité", expliquait le général peu avant son retrait définitif du pouvoir.

Si la Constitution confère au président un rôle d’arbitrage et de définition des orientations générales de la politique nationale, la pratique est tout autre : il est bien l’acteur majeur de notre système politique, acteur partisan quasi omnipotent côté coulisses et bienveillant père de la nation, côté scène. Avant d’endosser les habits présidentiels, Mitterrand avait bien compris le danger de cette combinaison antidémocratique : "L’abus (de la fonction présidentielle) ne réside pas dans l’usage que le président fait de son pouvoir, mais dans la nature même de ce pouvoir." (Le Coup d’Etat permanent, 1964).

Le coeur du problème pour le PS est là : on lui demande de désigner un(e) candidat(e) à la fonction de chef d’Etat qui, aussitôt investi (e), doit s’affranchir de son parti pour aller au devant de son "destin national". Cette démarche plébiscitaire est catastrophique pour le PS car elle dépolitise une candidature qui devrait au contraire être surpolitisée par la promotion des thématiques traditionnelles (et gagnantes) de la gauche : l’égalité et la justice sociale. Au lieu de cela, le PS s’égare dans les déclinaisons d’un discours convenu sur la nation (thématique classique de la droite bonapartiste). La référence abstraite à la France et à ses "valeurs" est le vieux fonds de commerce de la droite et de l’extrême droite. Pourquoi le PS s’y rallie-t-il ?

Sur ce terrain plébiscitaire, seule la trajectoire du mitterrandisme pouvait offrir à la gauche quelque espoir de victoire. Certains ont dressé un type-idéal mitterrandien résolument droitier : culte de la terre et du terroir, des choix esthétiques classiques, le goût de l’ordre et le sens de la hiérarchie. Ces facteurs ont vraisemblablement joué un rôle pour convaincre les Français d’élire cette "Force tranquille", soutenue par la gauche, mais sociologiquement de droite.

Plutôt que d’être relégué aux basses besognes de la campagne (tractage, organisation des meetings, soutien financier), le PS devrait l’animer, rappeler sans cesse que sa candidate porte un programme socialiste et non un "Pacte présidentiel". Une telle démarche permettrait de rompre avec la stratégie suicidaire de Lionel Jospin en 2002 ("Mon programme n’est pas socialiste"), poursuivie en grande partie par Ségolène Royal aujourd’hui.

La candidate socialiste affirmait fort curieusement (Le Monde du 5 mars) "qu’il est possible de concilier la grandeur de la fonction (présidentielle) et la simplicité, exercer pleinement le pouvoir (...) et résister en même temps à cette tentation monarchique à laquelle la République a trop souvent cédé". Si les pouvoirs de la reine d’Angleterre sont bénins, c’est justement parce qu’ils ne découlent pas de la Constitution de la Ve République ! Dans le cadre constitutionnel français, revendiquer une présidence "modeste", comme le fait Ségolène Royal, est une promesse illusoire. En réalité, la ligne de conduite apartisane que Mme Royal s’était donnée dès la primaire socialiste sort ici renforcée. Son adhésion à la mystique gaullienne (la rencontre d’un(e) candidat(e) avec le peuple) est également patente.

Au crépuscule du mitterrandisme, Lionel Jospin avait revendiqué un droit d’inventaire et affiché sa volonté de transformer en profondeur les institutions de la Ve République dans un sens parlementariste. Des voix au PS se sont ensuite élevées pour proposer un régime primoministériel et ont proposé de "désacraliser" la fonction présidentielle selon la pratique retenue par nos voisins européens. Pourtant nommé dans une logique parlementaire à la suite de la dissolution chiraquienne, M. Jospin se prononça en faveur du quinquennat présidentiel et fit modifier par l’Assemblée nationale le calendrier électoral, pour que l’élection présidentielle ait lieu avant les élections législatives.

Gaullien, Lionel Jospin mit l’élection présidentielle au coeur du dispositif électoral et renforça la prééminence présidentielle. Les élections législatives n’auraient plus qu’à donner une majorité au président fraîchement élu. M. Jospin justifia ce choix institutionnel au nom du respect de l’esprit "dans lequel le général de Gaulle avait conçu cette responsabilité essentielle issue directement du vote du peuple". Cette décision funeste a contribué à renforcer la domination politique et symbolique de la droite sur cette élection plébiscitaire. L’orientation présidentialiste du PS contraint Ségolène Royal à mener une campagne fondamentalement identique à celle de Lionel Jospin en 2002.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-883421,0.html

Mots clés : Dazibao / Partis politiques / Philippe Marlière / Présidentielle 2007 /

Messages

  • le problème du PS, c’est son programme.

    • Non, c´est le P S lui-meme. le P S c´est le Parti sans Sucre ; c´est le parti qui est en trop ; je dis je bois un cafe - je ne dis pas je bois un cafe sans sucre ! et comme cela adieu . Le Parti sans Sucre ; c´est ceux qui font un gateau et qui nous promettent que leur gateau est meilleur que les autres et a du gout et est sucré , sauf qu´ils oublient quoi : et bien naturellement le (Parti sans) Sucre - alors moi cela me gene car un gateau SANS Sucre ca n´a pas de gout ! C´est le Parti sans Sucre qui pense etre a gauche, il regarde sarkosy et croit etre a gauche, alors qu´il est peut-etre au centre -centre droit - droite - bien a droite- sait il lui meme ou il est le Parti sans Sucre ? Bien toit ils vont nous dire que sarkosy est a gauche , a gauche du F-hai-Ne. Bien a Vous J-F

  • François m’a tuée

    Lionel m’a enterrée

    Ségolène m’a deshonorée

    Masochistes, votons utile

  • LE problème du PS s’est la stratégie du PS depuis 65 sont but n’ as pas été de défendre des
    idées de Gauche pour gagner des voies sur sa droite mais d’affaiblir au maximum les autres
    formations de gauches pour cela il utilise des arguments de droite , essais de ne pas
    contrarier le MEDEF et Mme PARISOT.
    Dans les faits le PS et SEGOLENE sont en train de nous faire une campagne à la JOSPIN en
    2002 pas un mot sur les désirs antisocial du MEDEF mais cela et logique puisque les principaux
    dirigeant du MEDEF et ceux du PS dont SEGOLENE sont de ENARQUES et défendent la même
    politique soit celle franchement libérale (LE MEDEF,L’UMP,L’UDF) ou de renoncement le PS.
    Il nous faut élire un(e) candidat(e) qui propose une politique de GAUCHE, une politique
    ANTI-LIBERALE en rupture avec les politiques de la GAUCHE PLURIELLE.
    Cette candidate , c est la candidate désigné par les collectifs anti-libéraux à plus de 60%
    C’est MARIE GEORGE BUFFET
    Un militant des collectifs anti libéraux.

    • Pourquoi le PS pour conquérir le pouvoir, choisit-il un candidat issu de l’extrème droite (au sens de l’histoire : Mitterand) ou de la droite (au sens de Bourdieu : Royal) ?

      S’agit-il d’une stratégie ou d’une fatalité ?

      Mme Royal veut faire du Mitterand mais sans talent. La méthode ne marche plus. A l’époque de Mitterand, il y avait encore un électorat populaire de gauche au deuxième tour pour le PS, le fameux “vote utile” des masochistes de gauche qui préfèrent voir des dirigeants dits “de gauche” appliquer une politique de droite (mais avec une telle souffrance affichée, que cela est supportable pour les gens ”dits de gauche” dont les interêts ne sont pas en cause). Il n’y en a plus... Mitterand a dilapidé le capital jusqu’au bout pour son utilisation personnelle.

      Jospin était peut-être le dernier dirigeant véritablement de gauche du PS. Jeune trotzkyste, il a fait de "l’entrisme" au PS et accepté de servir sous Mitterand sans état d’âme. Arrivé au sommet, il a eu le vertige devant la réalité du PS, de sa classe dirigeante et de son électorat : les classes défavorisées désespérées précipitées dans les bras de Le Pen par la stratégie de destruction du PC et de la droite par Mitterand, le bureau politique abonné à l’ISF, les énarques socialistes par choix de carrière, les requins de la finance, les bobos de droite gérant leur portefeuille boursier tout en boycottant les yaourts, les grenouillages des courtisans etc... bref un parti de droite classique. Mitterand enfin disparu, Fabius n’ayant pas encore découvert sa nouvelle vocation de gauche, il a voulu poursuivre sa stratégie de prise du pouvoir en présentant un projet non socialiste à la présidentielle. Mais les souffrances psychologiques ont des limites, il a craqué et il s’est politiquement suicidé lorsqu’il a avoué à un travailleur de LU que les dirigeants politiques sont impuissants dans le contexte économique actuel. Ce jour là les derniers défavorisés ont quitté le navire de la gauche pour se vendre aux plus populistes.

      La stratégie populiste de Royal a marché au sein du PS pour avoir l’investiture, car tout est bon pour reconquérir le pouvoir et les portefeuilles. Mais sa surenchère pétainiste ne convaincra pas la droite, ne fera pas revenir les électeurs passés à Le Pen. Elle a franchi les limites acceptables des masochistes du “vote utile“ de gauche.

      Nous vivons les derniers jours du PS instrumentalisé par Mitterand, enterré par Jospin et maintenant déshonoré par Royal. Mme Royal est le dernier avatar de la stratégie Machiaveliste d’un Mitterand. Mais il n’y a plus de capital électoral de gauche. Sur le plan technique, Mitterand était un Florentin brillant. Mme Royal n’est qu’un petit Machiavel académique au sens de l’ENA, qui ne paraît à son aise que lorsqu’elle affiche ses véritables convictions de bourgeoise intégriste, tout en faisant croire qu’elle ratisse à droite.

      La gauche est à reconstruire et à réinventer loin des dogmes, en affrontant les réalités et en éduquant les citoyens. Marx est mort mais l’injustice sociale est toujours là.

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