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Scénarios pour une refondation

dimanche 29 juillet 2007 - Contacter l'auteur - 5 coms

de Philippe Marlière

Le Parti socialiste est aujourd’hui amené à préciser sa doctrine, à élaborer un programme mobilisateur et à reconsidérer ses alliances. Après trois échecs présidentiels consécutifs, la situation est assez grave pour exclure les replâtrages habituels. Quatre scénarios pour une refondation socialiste peuvent être envisagés.

LE SCÉNARIO ITALIEN

En Italie, les démocrates de gauche (DS, ex-PCI) s’apprêtent à fonder un nouveau parti (le Parti démocratique) qui inclura le pôle de la Marguerite (dominé par les démocrates-chrétiens). Selon Piero Fassino, dirigeant des DS, cette alliance prend acte de la "disparition du vieux schéma tripolaire gauche, centre, droite", auquel aurait succédé une opposition feutrée entre deux grands blocs centristes, hors toute référence à la gauche.

Transposé en France, il s’agirait de bâtir une force centriste dont le PS serait le pivot. Ce nouveau parti - non socialiste - engloberait les radicaux de gauche, la tendance libérale-libertaire des Verts (Daniel Cohn-Bendit) et le Mouvement démocrate de François Bayrou. Ce schéma a été esquissé par Ségolène Royal à diverses reprises. Sans référence explicite à la création d’un Parti démocrate, elle a revendiqué un "PS ouvert, sans frontière" et a prédit qu’il allait "se passer des choses localement avec le MoDem" d’ici aux élections municipales. La recherche d’alliance avec le centre droit semble des plus risquées.

C’est ce que nous enseigne le cas italien : le recentrage continu des DS depuis plus de dix ans s’est accompagné d’une érosion militante et électorale constante, accentuée par les scissions de son aile gauche.

En France, l’opposition gauche-droite est plus vivace qu’en Italie. Les reports de voix bayrouistes en faveur de Mme Royal ont été des plus médiocres, ce qui souligne l’incompatibilité entre électorat socialiste et électorat démocratechrétien en France. En outre, les reports de voix de la gauche non socialiste vers Mme Royal - décevants en 2007 - seraient assurément catastrophiques si d’aventure elle était la candidate d’un parti centriste en 2012.

LE SCÉNARIO BRITANNIQUE

C’est le développement rêvé par Dominique Strauss-Kahn et ses amis. L’accent est mis, ici, sur une refondation interne du PS qui s’inspire de la démarche blairiste au sein du Parti travailliste. Une offensive idéologique doit être conduite pour amener le PS à renoncer à la lutte pour le socialisme (combat contre un capitalisme de plus en plus débridé, défense d’un secteur nationalisé de l’économie, exigence de redistribution des richesses, etc). Des notions lénifiantes ("réformisme", "socialisme du réel", "social-démocratie") tentent de masquer les convergences avec le néolibéralisme tempéré du blairisme, de favoriser la conversion du PS à une Europe sans muscle politique et de renforcer l’alignement atlantiste du PS.

A la différence du scénario italien proprement suicidaire, le scénario britannique a le mérite de la cohérence. Cette ligne pourrait l’emporter si les strauss-kahniens parvenaient à débaucher les "déçus du royalisme". Mais le problème de la mobilisation des électorats de gauche se poserait également dans ce cas : quelle serait la fortune électorale d’un parti blairisé en compétition avec une gauche radicale galvanisée par un PS qui n’aurait plus de socialiste que le nom ? Car le succès du blairisme a reposé sur une série de facteurs exceptionnels, introuvables dans le contexte français : scrutin majoritaire à un tour qui sur-amplifie la dynamique du vote utile, absence de compétition à gauche pour le Parti travailliste et démantèlement avancé de l’Etat social britannique.
LE SCÉNARIO ALLEMAND

Ce serait celui de la scission de la gauche du parti, poussée vers la sortie à la suite du succès rencontré par les scénarios italien ou britannique. Il s’agirait ici de recréer un parti authentiquement socialiste. Cette situation s’apparenterait à la création de la WASG par Oskar Lafontaine, un ancien leader du SPD, en désaccord avec les politiques néolibérales du gouvernement Schroeder. Envisageable après le rejet du traité constitutionnel, alors que l’idée d’une candidature "antilibérale" connaissait une réelle dynamique, ce cas de figure est aujourd’hui impensable. La gauche radicale est aujourd’hui sur la défensive et divisée. En outre, on imagine mal quels élus socialistes de premier plan accepteraient de risquer leur carrière sur un projet aussi aléatoire.

LE SCÉNARIO SOCIALISTE

C’est celui de la rupture avec... les politiques mises en oeuvre par les partisans des scénarios italien et britannique depuis les années 1980. Il s’agirait d’abandonner le prêt-à-penser social-libéral. Instruit des erreurs du passé et s’inspirant de la démarche des assises du socialisme organisées en 1974 par François Mitterrand, ce PS aurait à coeur de maintenir le dialogue avec les diverses composantes de la gauche.

Il serait rajeuni, féminisé, ouvert aux minorités ethniques, attentif aux critiques de gauche du capitalisme financier et du productivisme. Ce serait un parti réformiste radical, moderne, de masse, rompant avec la conception actuelle du parti de supporteurs pour devenir un authentique parti de militants. Ce type de parti pourrait obtenir un score plancher de 30 %, car il rassemblerait nombre d’électeurs communistes, écologistes et altermondialistes, tout en continuant de mordre sur le centre gauche.

Les scénarios italien et britannique expriment des choix purement idéologiques et poursuivent, selon des méthodes différentes, des objectifs similaires (le dépassement de la nature socialiste du PS et la recherche d’alliances organiques ou conjoncturelles avec les démocrates-chrétiens et les libéraux). Le scénario socialiste est, inversement, sociologiquement motivé : il réfute la thèse infondée de la "droitisation de la société française", prend acte de la vivacité du clivage gauche-droite et anticipe la recomposition des gauches. Ce scénario est réaliste et moderne, car c’est le seul qui puisse permettre une victoire de la gauche en 2012.

Tribunes publiée dans le Monde
mardi 12 juin 2007 par Philippe Marlière, Maître de conférences en science politique à l’université de Londres

Mots clés : Dazibao / Partis politiques / Philippe Marlière /

Messages

  • Avant de penser l’architecture de la maison, regardons d’abord son utilité, donc le contenu même des perspectives politiques que l’on se donne, c’est à dire les fondations.

    Quel bilan de la sociale démocratie en EUROPE et dans le monde depuis cinquante ans ?

    Pourquoi la sociale démocratie est systèmatiquement toujours rattrapée par la droite et sombre dans la collaboration de classe ?

    Quels acquis émancipateurs pour les salariés aujourd’hui, alors que l’on constate des reculs sociaux depuis plus de vingt ans avec des inégalités toujours plus grandes ?

    Les rafistolages politiciens proposés se font dans une logique de confortation du système capitaliste.

    JN55

  • Une question se pose grosse comme un semi-remorque :

    On ne peut recommencer la même chose, il n’y a pas de virginité du passé là dessus, ni une nostalgie obligée....

    Reconstruire, dans les mêmes pas, conduit à revisiter de mêmes impasses, en plus riquiqui....

    Savoir ce qui a déconné necessite autre chose que de se dire, "on passe le torchon et on recommence".

    Je n’ai pas de réponses , pas les réponses, mais, si on veut bien on peut essayer de délimiter ce qui ne peut être accepté ou ce qui n’a pas marché.

    Savoir pourquoi des partis de gauche se sont corrompus (il faut donc un corrupteur) c’est essayer de détailler les processus qui ont fait que des gens défenseurs du monde du travail sont devenus ensuite contre le monde du travail.

    Ou autrement, comment des organisations, des collectifs, ont créé des structures qui permettent à des élus, des appareils de s’autonomiser des militants et à en venir à estimer que ce sont eux, pas les militants, qui doivent décider et que eux finissent par fonctionner comme des isolats, des castes estimant que leur survie prime sur tout.

    Un double mouvement s’est donc fait :

    1) d’un côté des types d’organisation à la délégation de pouvoir trop importante qui font que les décideurs théoriques (les militants) deviennent sujets et incapables de controler des gens qui finissent par leur donner des ordres et leur dénient même le droit (que eux s’arrogent) de penser collectivement, qui finissent par s’autonomiser comme des castes , des clans, des cliques.

    2) Le système qui, bon prince, met toujours de bons appats sur les hameçons pour récupérer les individus, courants, qui s’autonomisent en castes de direction , clans, cliques , bantoustans municipaux, hauts fonctionnaires administratifs , et aide à la distanciation maxi d’avec la démocratie des travailleurs ....

    Répondre à ce type de problème aiderait à convaincre en profondeur que du neuf utile est né ....

    Donc revisiter le type même de parti ou d’arc de forces que l’on désire, afin que le controle soit puissant et évite l’autonomisation des élus internes ou externes, sans provoquer sectarisme et repli sur soi.

    Deuxieme immense aspect :

    L’espérance d’une autre société ne peut se taire sur les sociétés qui ont incarné cette espérance et se sont vautrés dans les pires travers du capitalisme, au point que, finalement, les dirigeants de ces états ont muté en classe bourgeoise (alors que peu de temps avant, au nom du socialisme, elles entolaient les travailleurs et les militants de la liberté , ya pas eu que des Solyenitsines), au triple galop, se coulant avec une aisance fabuleuse dans les costumes de chevaliers du capitalisme, arnaqueurs et pilleurs à la vitesse de l’éclair des biens publics....

    L’echec d’une précedente espérance necessite du détail et de définir pourquoi comment. Et qu’on ne me dise pas que c’est la faute à Staline, à sa vilaine moustache... Pitié, une analyse de classe, merci....

    Les gens ne sont pas des andouilles, ou alors on en est autant qu’eux... Ils ont vêcu tout cela, et il faut répondre à cela, ou alors confirmer qu’on reste dans un cadre capitaliste et qu’on est là pour améliorer le quoitidien . Donc exit la formidable espérance de la liberté individuelle et collective qui en finirait avec l’essentiel de l’exploitation de l’homme par l’homme.

    Poursuivre son chemin c’est expliquer qu’on ira pas dans les mêmes pas là aussi, et donc montrer ce qui s’est passé réellement (ne pas rester dans la saoulerie des mots ) et montrer ce qui evitera à coup sûr de ne pas faire la même chose.

    Copas

  • Sur l’aspect plus politicien des phases de recomposition de la gauche, on s’obnubile sur deux ou trois scénarios mais il y en a plein d’autres, ....

    Il y a le scénario hollandais (ce sont des ex-maos qui deviennent finalement LE parti de gauche montant, on verra si ça continue mais 16% c’est beaucoup), il peut y avoir le scénario issu des plus radicaux (LCR raflant la mise du desert à gauche) , il peut y avoir le scénario "no future" avec une gauche passée par la chasse d’eau (nada, plus rien), il peut y avoir un big bang réunifiant les "communistes" ou "para-communistes", avec courants dominants les ex du PCF et les trotskystes (LCR et LO), pas les courants spaghettis (essayer de pousser en avant un spaghetti cuit vous verrez que le tirer est plus efficace),

    Il peut y avoir le scénario "et par un prompt renfort nous arrivâmes nombreux dans le fort, issu d’une construction de zéro ....

    Tout est possible, rien est à eux....Tous les scénarios ne sont pas réductibles à une alliance sur la droite du PCF, ni au maximum d’une alliance à droite et à gauche. Il y a des scénarios d’alliance exclusivement vers la gauche du PCF (le PCF s’alliant vers sa gauche pour créer une force plus large et du sang neuf).

    Copas

  • Le “compte 99999 ? derrière l’affaire Villepin, au détour des dépostions de Gergorin : toujours les rétros commisions sur les ventes d’armes.

    Le « compte 99999 » derrière l’affaire Villepin, au détour des dépositions de Gergorin : toujours les rétros commissions sur les ventes d’armes.On ne comprend toujours pas pourquoi les médias dominants s’acharnent à réduire l’affaire Clearstream à une banale embrouille d’amateur villepinesque cherchant à couler Sarkozy avant la présidentielle, alors qu’il s’agit de deux enjeux bien plus importants [ce que la gauche de la gauche semble comme d’habitude incapable d’expliquer] :

    1 - Le clearing, ou opacité criminogène des flux financiers mondiaux, dénoncée par Denis Robert,
    2 - Les rétro-commissions sur des pots de vins gigantesques dans les ventes d’armes françaises, notamment à Taïwan, mais pas seulement.

    Ce vendredi matin 27 juillet, au détour des fastidieux procès verbaux de Gergorin publiés par « Libération » (page 2 et 3), on apprend quand même que les fameux comptes bancaires plus ou moins bidonnés « faisaient partie d’un réseau financier distinct de celui des frégates » [vendues à Taïwan, explique Libération], …même si ce réseau financier « lui était connecté par le mécanisme du compte 99999 et qui avait été établi à l’occasion de grands contrats de défense à l’exportation passés pendant la deuxième cohabitation. ».

    Bref, voici apparemment un vaste système “connecté” de fausses facturations sur les marchandises de mort, destinées à corrompre les démocraties émergeantes et à financer des intérêts très privés en France. On comprend que tous les pouvoirs politico-médiatiques impliqués dans les dernières cohabitations droite-gauche aient intérêt que cet iceberg criminel soit ignoré au profit d’un feuilleton de péripéties subalternes à propos d’un coup tordu entre Villepin et Sarko.Ah, le charme discret du compte 99999 ! Quand révélera-t-il ses secrets ?

    (On se souvient que la gauche, l’extrême-gauche, et ATTAC n’ont curieusement jamais osé réclamer la levée du secret défense sur ces rétro-commissions, qui se trouvaient pourtant précisément localisées dans une chemise déposée au cabinet du ministre des Finances. Voir à cet effet mon blog à la date du 13 mai 2006. Déjà plus d’un an ! Ainsi que ma demande du même jour au CA d’ATTAC pour qu’ATTAC diffuse un communiqué réclamant la levée du secret-défense sur ces rétros-commissions. J’attends toujours une réponse. Cette inertie des dirigeants d’ATTAC sur ce dossier est d’ailleurs désormais objectivement effrayante : incompétence, négligence ou complicité ?)

    Rappel du 13 mai 2006 :
    Clearstream : Secret-defense et sanction pécuniaire possible de la France ?
    Et si tout ce sac d’embrouille Sarkovillepinesque n’avait servi qu’à allumer des contre-feux pour détourner l’attention de l’essentiel, tout en tentant de piéger Denis Robert et des juges trop indépendants ?
    SECRET-DEFENSE
    Sur cette affaire, ATTAC ne peut pas être en deçà d’Alain Madelin, ancien ministre Parti Républicain, qui a déclaré dans Le Monde de ce samedi matin 13 mai, page 10 : « Il faut revenir à l’essentiel : l’affaire des frégates, dans laquelle le premier soupçon à lever est celui du scandale de la redistribution des 900 millions d’euros de commissions à des hommes politiques français et à des intermédiaires. Un seul moyen : lever le secret-défense sur les documents qui dorment dans les coffres de la République, signés par des ministres, avec les noms des bénéficiaires. »
    A cet égard, il faut revenir à l’enquête de Nicolas Beau dans Le Canard Enchaîné du 3 mai. Il cite notamment l’intermédiaire Andrew Wang dans l’affaire des frégates, qui aurait reçu des vendeurs d’armes français 800 millions sur 900 à lui seul, sur 46 comptes qu’il possédait en Suisse. (Resterait donc 100 millions dans la nature ?). Malheureusement, l’argent semble s’être envolé dans les paradis fiscaux, ou aurait disparu sous forme de cessions d’immeubles par des prête-noms (ah les charmes spéculatifs des mafias immobilières !). On ne connaît pour l’heure qu’un seul bénéficiaire français : un proche de Pasqua, aujourd’hui décédé.
    C’est dans cet article qu’on apprend que la France de 1991 aurait corrompu la moitié du bureau politique du Parti communiste chinois, afin qu’il ferme les yeux sur les ventes d’armes à Taïwan ! Le nom d’une vingtaine de bénéficiaires de ces commissions ou rétro-commissions serait actuellement dans une chemise protégée par le secret-défense, placée dans le coffre du dir’cab’ de Thierry Breton au ministère des Finances. Pour combien de temps ? Ca dépend de nous. (…)

    http://lucky.blog.lemonde.fr/

    27/07/2007

    • Quand je pense à tout cet argent détourné qui aurait pû servir à la création d’emplois. Argent venant comme toujours de nos porte-monnaie. Dommage que le consommateur n’ait pas conscience de sa puissance économico-politique et d’ailleurs il n’existe pas de "syndicat des consommateurs". Dommage alors !

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